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« Sans-abris, une réalité ici comme ailleurs ! » - retour sur le ciné-blabla de décembre 2024

dimanche 11 mai 2025, par E. Stroesser

Ce ciné-blabla a ouvert la saison de « L’habitat dans tous ses états », le 10 décembre 2024, au Cinema Michel Legrand, à Saint-Palais-sur-mer.

De la fiction à la réalité

Nous avions choisi de commencer avec la projection de « Domicile fixe », un court-métrage de Xavier Diskeuve, sélectionné au festival du film social en 2024, acide, drôle et lucide.
A suivi un débat avec des représentants du Secours catholique, de l’Entraide protestante, de la Croix rouge et de Tremplin 17. Leurs témoignages (accueil de jour, de nuit, maraudes) ont été instructifs, une découverte pour une partie du public, et surtout révélateurs de tout ce qu’il reste à faire sur le pays royannais pour faire plus et mieux !

Pourquoi ce thème ?

Le Collectif pour un habitat social en pays royannais a mené en 2023/2024 une enquête sur l’hébergement d’urgence sur Royan, auprès des différents acteurs (public, privé, caritatif). Nous en avions tiré des constats. Parmi lesquels le manque criant d’un accueil de jour au moins cinq jours sur sept sur Royan et la pérennité d’un accueil de nuit l’été.

Ce sont ces mêmes acteurs associatifs (Tremplin 17, Secours catholique, Croix rouge, Entraide protestante) qui ont accepté de participer à ce ciné-débat, pour faire un point sur la situation des personnes sans hébergement ni abri sur le pays royannais. Et débattre de propositions pour améliorer les réponses apportées.

Celle-ci doit être versée comme document de travail au niveau de la communauté d’agglomération, dans la perspective du programme local de l’habitat.

En préambule quelques chiffres, du national au local

Ceux des morts de la rue. 735 personnes sans domicile fixe sont décédées en France en 2023 selon le 12e rapport du Collectif Les Morts de la Rue (d’octobre 2024). presque deux par jour. Un chiffre d’une ampleur inédite (638 en 2022) sous le double effet de l’amélioration du recensement des morts de la rue, mais aussi, et surtout, d’une dégradation des conditions de vie. Car l’âge moyen de décès, lui, reste à un niveau très faible : 49 ans. Soit 30 ans d’écart avec l’âge moyen de décès de la population !

L’hiver est la saison la plus meurtrière (31%), mais l’on meurt à la rue en toute saison : l’automne (23%), l’été (23%) et le printemps (21%). L’été aussi les personnes ont besoin de se mettre à l’abris, de s’hydrater, de se doucher…

Le dernier rapport 2024 de la fondation Emmaüs donne le chiffre de plus de 330000 hommes et femmes sans domicile fixe, dont 2000 enfants à la rue, un nombre qui a doublé en 4 ans. L’INSEE a commencé ce printemps une nouvelle étude pour actualiser ce chiffre.

Des constats plus que partagés

La Croix rouge témoigne du décès d’une personne à la rue, près de l’église de Royan il y a six ans. C’est à cette même époque que sur l’initiative de deux bénévoles, les premières maraudes sont mises en place, grâce à une formation proposée au niveau national. Après une interruption, les équipes ont repris les maraudes depuis quelques mois, une soirée par semaine de 17h à 20h, grâce à une douzaine de bénévoles. Avec un point fixe (la place rouge de Royan), et ensuite… la tournée tourne, de Royan à St Georges de Didonne, Saujon, St Palais… À la rencontre souvent des mêmes personnes, dans les mêmes endroits. Certaines trouvent protection et abri dans des endroits plus excentrés.
Les bénévoles ne savent pas le nombre exact de personnes qui vivent à la rue. Mais ils ont une certitude : leur nombre ne diminue pas !

Le Secours catholique  propose un accueil de jour, situé dans la zone commerciale de Royan 2, éloignée du centre ville, mais où les personnes sans abris peuvent poser leurs affaires, faire une lessive, prendre un café, etc. Aménagé comme une maison, cet accueil de jour tient grâce là encore à une petite équipe de bénévoles.

Tremplin 17 gère trois studios d’urgence à Royan, les personnes y ont accès via le 115. Les personnes accueillies (deux par studio) peuvent y rester sept nuits consécutives. Les logements ne sont pas mixtes. L’accueil avec enfants est possible. Par contre, pas d’accueil « couples », ni de personnes avec un animal. Des travailleurs peuvent y être accueillis, qui le restent du mois dorment dans leur voiture.
Tremplin 17 observe que les personnes sans domicile se déplacent souvent sur tout le département en fonction des places disponibles en accueil d’urgence, entre La Rochelle, Rochefort, Saintes, Royan, St Jean d’Angély, Jonzac.
À une question du public sur le type d’accompagnement proposé aux personnes hébergées, Tremplin 17 reconnait n’être financé que pour un strict minimum. Le réseau « urgence sociale » manque de moyens.

La ville de Royan et son CCAS gèrent la dite « Villa étoile », soit six places (3 chambres à 2 lits), 3 places supplémentaires en déclenchement du plan Grand Froid. Cet accueil de nuit n’est ouvert que les jours de semaine, et en période hivernale. L’adjoint au maire en charge du social n’a pu être présent au Café blabla, en raison d’un conseil municipal le même soir.

Allo le 115 ?

C’est l’association ALTEA, à La Rochelle, qui gère la ligne d’urgence du 115 pour le département de la Charente-Maritime. Une ligne « cuivrée » (une seule ligne fixe), donc : c’est souvent occupé ! Pour plus de chances, il faut appeler dès le matin. Très souvent les personnes qui nécessiteraient un abri, découragées, abandonnent. Sachant que la temporalité de la rue n’est pas la même, certains n’ont jamais accès à un abri. Les équipes de terrain les encouragent malgré tout à appeler afin de faire remonter les manques.

La Croix Rouge, hiver comme été

Au départ, les maraudes ne se faisaient que l’hiver, maintenant c’est toute l’année depuis la mise en place du « plan canicule ». « Cet été on ne donnait que de l’eau mais pas d’alimentation (sauf des croquettes aux chiens), c’est davantage un soutien psychologique sur lequel certaines de ces personnes comptent », expliquent les bénévoles.
L’hiver, les bénévoles distribuent de la nourriture, certains sans-abris peuvent réchauffer les denrées, d’autres pas, la distribution est adaptée en fonction des situations. Les difficultés des personnes sont multiples, avec une grande diversité du public rencontré.
L’été, la maraude suit plus d’une vingtaine de personnes, l’hiver un peu moins.
À quelques occasions, un travailleur social de Tremplin 17 accompagne la maraude afin d’informer les personnes sur leurs droits.
La Croix rouge finance ses actions en organisant des formations secouristes, des vestiboutiques sur le département, et grâce aux dons. Elle ne compte qu’un seul salarié sur le département.

L’accueil de jour du Secours catholique

Celui-ci est ouvert trois jours de la semaine – lundi, mercredi, vendredi. Les personnes sans abris y sont accueillies avec ou sans chien. Elles peuvent y prendre un petit déjeuner, une douche, y laver du linge, utiliser un vestiaire où déposer des affaires, bénéficier d’un coiffeur une fois par mois.
Les assistants sociaux du conseil départemental y viennent désormais une fois par mois. Ce qui a permis de nouer petit à petit des liens avec les personnes sans abris, et souvent sans droits ouverts, de telle sorte que l’opération sera renouvelée l’année prochaine.
Les bénévoles témoignent qu’un certain nombre de personnes qui se rendent à l’accueil de jour dorment dans leurs véhicules.
Le Secours catholique a comptabilisé 1500 passages l’année dernière, malgré l’éloignement géographique du lieu. Cet éloignement fait que certaines personnes sans domicile ne s’y rendent pas, de peur de perdre leur place de « manche » en centre ville.
Le travail en réseau existe entre les différents acteurs du terrain, les Restos du cœur abondent en vêtements, la Banque alimentaire en denrées alimentaires. Le Secours catholique reçoit une petite subvention de la mairie.

Êtes-vous inquiets d’une éventuelle fermeture de la Villa Etoile ?

La réponse unanime est : oui ! Tous les acteurs locaux sont inquiets que, lors du départ en retraite du veilleur de nuit actuel (dans peu de temps), le poste ne soit pas remplacé et la Villa Etoile ferme ses portes.
Face à cette inquiétude, un spectateur suggère de créer une association pour chercher un local pour prendre le relais. Certains acquiescent, d’autres non.

Et le suivi santé ?

C’est une des difficultés, puisque le public bouge. Majoritairement, il n’y a pas de vrai suivi de soin, alors que très souvent, les personnes à la rue ou hébergées, souffrent de multiples pathologies. Il existe un équipe mobile psychiatrie/précarité (mais qui ne pouvait être présente au ciné-blabla).

Que faudrait-il faire de plus ?

Quelques extraits de réactions des intervenants ou du public ce soir là.

« Il existe des locaux vides sur Royan (le Tiki, l’ancien commissariat, par exemple) qui pourraient abriter des personnes sans abris ! »

Les personnes sans-abris se regroupent souvent à la place rouge, « mais cela dérange » confie un bénévole. « Cela serait bien de trouver un terrain pour installer au moins des tentes », glisse un autre.

Alors que des élus locaux ont déjà répondu à certains connaitre « leurs » sans abris, plusieurs bénévoles/militants en doutent, et suggèrent qu’ils participent par exemple à une maraude « pour avoir une meilleure connaissance de la situation ».

Des bénévoles évoquent des situations « délicates » dans lesquelles les pompiers refusent de se déplacer pour certaines personnes ; tandis que les policiers mettent du temps à répondre.

L’amélioration de la coordination entre les différents acteurs se pose…

Une nuit de la solidarité ?

Certaines villes - comme Saintes - ont choisi de participer aux Nuits de la solidarité, pour essayer d’identifier qui est dehors, qui n’est pas logé normalement, pourquoi. Quelque chose à faire à Royan ? En restant vigilant car il ne s’agit pas de recenser les personnes mais les situations, pour mieux objectiver les besoins et les manques… Cela suppose donc une volonté politique d’agir. Visiblement très disparate dans le département.

Bon à savoir

Une application . Soliguide (https://soliguide.fr/fr) élaborée par l’association Solinum (https://www.solinum.org/) recense points d’eau, douches, etc. qui peuvent être utiles aux personnes sans ou hébergement.

Un droit. « Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence". (Code de l’action sociale et des familles)

Un responsable. Il appartient aux autorités de l’État d’assurer à toute personne sans-abri et en situation de détresse médicale, psychique ou sociale un hébergement d’urgence. (Code de l’action sociale et des familles)

Une veille sociale. Dans chaque département est mis en place, sous l’autorité du représentant de l’État, un dispositif de veille sociale chargé d’accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu’appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d’accueil et d’orientation, dans les conditions définies par la convention conclue avec le représentant de l’Etat